Les Eparges II

Publié le par CPZ

Les Eparges

"Tandis que la lumière montait, une batterie allemande se mit à tirer d'une corne de bois, juste derrière la tranchée. L'ennemi ne tarda guère à lui donner la réplique. Je fus soudain éveillé de mon indolence par un grand craquement, dans mon dos, et je vis s'élever tout droit un cône de fumée.
Peu familier encore avec les bruits de la guerre, j'étais incapable de débrouiller les sifflements et les chuintements, les pétarades de nos propres pièces et les explosions fracassantes des obus ennemis, dont la chute se précipitait constamment, pour m'en former une image claire. Je ne pouvais surtout pas m'expliquer pourquoi les projectiles pleuvaient de tous les côtés, si bien que leurs trajectoires sifflantes semblaient se croiser en désordre par-dessus le lacis de petits bouts de tranchée où nous nous étions dispersés. Cet effet dont je ne discernais pas la cause m'inquiéta et me fit réfléchir. En face du mécanisme du combat, j'étais encore un ignorant, un bleu - les manifestations de la volonté guerrière me paraissaient étranges et incohérentes, comme des chaînes d'événements sur un autre astre. Avec tout cela, je n'avais pas peur, à proprement parler; sûr de n'être pas vu, je n'arrivais pas à croire qu'on me visât et que je pusse être touché. C'est pourquoi, revenu à mon groupe, j'observai le no man's land avec une grande indifférence. C'était le courage de l'inexpérience."


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Publié dans Orages d'acier

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