Epiphone

Quand j'étais en seconde, c'est à dire en 1997 (excellent cru), j'avais acheté une guitare au même Tristan. J'avais du rock plein la tête, j'ingurgitais tout ce que je pouvais de vieux classiques et je me passais Definitely Maybe en boucle. Noel Gallagher avait un goût prononcé pour les Epiphones et les Gibson Les Paul, ça tombait bien, moi aussi. Je trouvais les stratocasters biscornues et les telecasters résolument quelconques. Avec Guimi, nous allions souvent contempler les guitares dans le sous-sol de la Clé de sol. Nous avions même entrepris une collection de médiators, que j'ai laissée tomber par paresse, mais Guimi a continué et maintenant ses médiators sont joliment alignés dans un cadre sur son mur. Pour ma part, j'avais des médiators Gibson enfilés dans les lacets de mes Doc Martens. J'aimais bien.
Nous allions souvent trainer en ville lors de la grande pause du vendredi midi, avant le cours de math de 15 ou 16h. Et bien avant que le cours ne commence, nous investissions la salle et nous ne nous gênions pas pour étaler sur les tables des catalogues de guitares, et contempler béatement notre pêche du jour.
C'est dans un de ces moments que le fameux Tristan est venu me dire qu'il revendait une des ces guitares, une Epiphone Gibson. C'était soi-disant une édition limitée, numérotée P6008254. Tristan l'avait eue à Noël sans pour autant l'avoir commandée au vieux barbu semble-t-il, il voulait la revendre pour en racheter une autre, Tristan craquait sur les strats, il en voulait une blanche comme celle de Jimi Hendrix.
Achetée neuve 2500F trois mois plus tôt, jamais servi, il me la cédait pour 1500F. Il m'a permis de l'essayer, il m'a appris les premières mesures de Comes as You Are de Nirvana, le truc bateau pour débutants qui m'allait tout à fait. J'ai même pu la ramener chez moi pour me forger une conviction, avec un mini ampli à piles Marshall, et dans une housse allègrement peace & lovée à la bombe de peinture rouge, qui empestait le tabac froid.
Les négociations parentales ont été âpres mais le coup de foudre l'a emporté. J'ai un peu pioché dans mon compte bancaire pour m'offrir cette guitare. Il était convenu que j'aurais l'ampli plus tard, pour mon anniversaire. J'avais des vagues notions de solfège niveau collège et je n'avais jamais joué d'instrument. J'aurais peut-être dû. Toute petite, ma mère m'avait demandé si je ne voulais pas apprendre à jouer du piano. Révoltée à l'idée de devoir faire comme tous les autres, j'avais affiché une préférence marquée pour la cornemuse. Mes oreilles d'enfant aimaient sincérement la cornemuse. Mais je n'ai jamais appris la cornemuse. Renseignement pris, ça ne se faisait pas au conservatoire. Avec le temps, j'aurais préféré que ma mère me force la main. Je me rappelle que Guimi s'était un temps dévouée pour m'inculquer le b-a-ba du solfège, à la craie sur le tableau de la salle de maths.
L'ennui c'est que par la suite je n'ai jamais pris de cours de guitare. Nous avions jugé les prix exhorbitants. Il me restait toujours les tablatures. Ce n'était pas le top, mais bon...
Je l'ai toujours cette guitare; l'an dernier, Grovianney - qui gratte un peu aux feux de bois - avait parlé de me la racheter, mais hors de question. Je la garde!
