Alone...
Ca, c'était le grenier de mon lycée, un grenier qui jouxtait le laboratoire photo installé sous les combles. Je détenais seule la clé qui menait à ce labo. D'ailleurs j'étais la seule l'utiliser. Problème: pour cause de manque d'effectif, le labo photo risquait de fermer. Donc, avec les copines, nous avions gonflé la liste. De toute façon, comme elles m'accompagnaient souvent, si on leur avait posé la question, elles auraient pu expliquer comment ça marchait, la photo! Je profitais sans vergogne des subventions du foyer socio-éducatif pour m'octroyer des quantités généreuses de papier et de pellicules. Comme je ne suis pas rosse, à la fin de l'année de terminale j'avais organisé une expo à la cafétaria. Comme ça, sur le pouce, pour le plaisir. Le hic, c'est que le foyer socio-éducatif était passé outre mes souhaits et avait placardé des affiches partout dans le lycée, avec mon nom surligné en rose fluo. Moi qui préférais rester dans l'ombre... j'aimais pas ça. Mais bon, ça a plutôt bien marché.
Ce labo, c'était notre refuge. Perso j'y passais toutes mes pauses de midi et tous mes mercredi après midi. Des fois aussi après les cours, quand nous ne finissions pas trop tard. Nous avions l'électricité, l'eau courante et le chauffage pour nous toutes seules. Un havre de paix, quand en hiver il faisait moins 10° au dehors. Et un vieux radio-réveil posé dans un coin y ajoutait en plus une ambiance musicale. Sécurité garantie, c'est là que nous nous étions débarrassées de nos sacs d'école avant de nous rendre à la grande manifestation contre le FN qui avait ébranlé tout le lycée le 6 mars 1998. Bien pratique en somme, ce petit labo.
Pour en revenir au grenier, un jour j'ai poussé sa porte. Bon ok, j'étais tellement intriguée par ce que j'avais pu apercevoir par le trou de la serrure que je l'avais un peu forcée - elle ne tenait plus que par un bout de fil de fer. Derrière s'était accumulée toute la poussière du siècle passé. Il y avait plein de modèles en plâtre qui avaient dû servir en cours d'arts plastiques: le christ, des philosophes antiques, un discobole, un cheval émietté qui ne tenait plus que par ses tiges de fer. Il y avait aussi un crâne de cheval, vieille relique du laboratoire de biologie. Et le Parthénon tout croûlant que l'on aperçoit au premier plan, c'était une réalisation en polystyrène du club architecture en 1995 ou 1996, je ne sais plus. Pour cause de voyage scolaire, je ne l'avais jamais vu achevé, et je le retrouvais en piteux état.
Le matin en hiver, c'était beau. La lumière s'engouffrait par le vélux et révélait des volutes de poussière.