I want candy
Converses roses et choux a la creme

Marie-Antoinette de Sofia Coppola a ete hue en avant premiere au festival de Cannes. Pour defendre Sa Majeste barococo, la realisatrice argue une fable sur la fin de l'adolescence. J'en ai entendu beaucoup de mal, surtout des reactions chauvinistes contre un "Louis XVI qui passe pour un cretin et une reine qui ne pense qu'a faire la fete et a jouer a la dinette au Trianon avec ses copines". Bon. Je suis venue, j'ai vu, j'en parle.
Arrachee a son Autriche natale, la jeune Marie-Antoinette va etre transplantee dans le lourd protocole versaillais. Delaissee par son Dauphin de mari qui prefere les biches des bois a celle qui se languit dans la couche royale, harcelee par sa mere qui l'avertit de l'instabilite de son statut tant que le mariage n'est pas consomme (de fait, il faudra attendre la mort de Louis XV pour que le tout nouveau Louis XVI se rappelle a ses devoirs et besogne pour donner un heritier a la couronne de France), Marie-Antoinette se vautre dans tout le luxe devolu a son rang et se livre a des orgies patissieres en compagie de sa suite et de ses petits chiens. C'est un defile permanent de plumes d'autruche et de petites chaussures sur mesures (dont une paire de converses roses!) entre deux bouchees de fruits confits.
De fait, l'heure est a la fete plutot qu'a la politique. Rien n'est dit sur les bonnes actions de la Reine pour apaiser la faim des parisiens, tout juste la voit-on renoncer a commander des gros chenes et des joyaux pour soulager les finances royales. Et quand le peuple amene sa revolte au pied du palais, la souveraine semble deconnectee de la realite, eberluee a la pensee qu'on la deteste au point de vouloir la tuer. Elle a cependant suffisamment de cran pour assurer qu'en tant que Reine de France, sa place est aupres de son epoux. Resignee, elle se prosterne au balcon, parvient a faire taire la foule, puis c'est la fuite a Varennes.
Le film ne m'a pas heurtee dans ma fierte de francaise attachee a son beau patrimoine historique. C'est un film sur le vague a l'ame d'une jeune souveraine deracinee, et alors? Pas besoin de crier au loup. Kirsten Dunst est delicieuse en petit bonbon. Louis XVI est certes moins bien loti, un peu gourd dans son statut de Dauphin, certainement eclipse par la majeste de son pere. Mais bon, pour ma part, on m'a toujours appris que Louis XVI preferait les serrures a son epouse et s'etait fait cocufier par Axel de Fersen. Il y a sans doute un juste milieu a trouver entre le coquelet de Sofia Coppola et le monarque superbe depeint par Dumas dans Le collier de la Reine.
J'ai plutot bien aime, la bande-son resolument pop-rock surprend un peu au debut mais on s'y habitue tres vite. Un regret majeur cependant: pour les scenes d'exterieur, la photo n'est vraiment pas belle, floue et granuleuse par instants. Et la lumiere n'est pas terrible non plus. Mais bon, ne vous privez pas pour si peu ;-)
"Tout cela est ridicule.
- Tout cela, Madame, est Versailles."
http://www.marieantoinette-lefilm.com/
